Marius Tresor

marius tresorLe grand Monsieur de Football n'a pas oublié ses débuts à l'ACA. Il évoque avec nous sa vie, ses anciens collègues, ses souvenirs.

On ne présente plus Marius Trésor. 66 sélections chez les Bleus de 1971 à 1983, champion de France 1984 avec les Girondins de Bordeaux, vainqueur de la Coupe de France en 1976 avec l’OM…

Son palmarès prendrait des pages et des pages. On se souvient aussi et surtout de lui comme celui qui a marqué un but d’anthologie contre l’Allemagne à Séville, en demi-finale de la Coupe du Monde de 1982. Ce grand champion s’occupe actuellement de l’équipe réserve du FCGB.

Guadeloupéen d’origine, Marius Trésor a beaucoup voyagé, tout vu, tout lu, tout connu. « J’ai quitté la Guadeloupe/Pour aller à Ajaccio/Mon cœur n’avait plus de doutes/La Corse est un pays chaud » chantait-il en 1978 sur le disque « Sacré Marius ». Dans son cœur, il a toujours gardé une petite place pour le premier club de métropole a lui avoir donné sa chance. C’était en 1968, loin des Caraïbes, dans une île de Méditerranée appelée Corse. Ce club, c’était l’ACA.

Marius Trésor se prête volontiers au jeu des questions-réponses. Heureux que l’on évoque avec lui les anciens souvenirs d’Ajaccio, celui qui fut l'un des meilleurs défenseurs au monde a répondu tout de suite présent à notre demande d’interview, comme un ami ravi de discuter. « Je suis revenu récemment à Ajaccio » a-t-il confié. « Cette ville est toujours aussi belle. Je suis même venu avec mon épouse pour lui montrer où j’ai fait mes premiers pas ».

  • Tout d’abord, Monsieur Trésor, quel est actuellement votre rôle ?
    Je suis l’adjoint de Patrick Battiston et je m’occupe de l’équipe réserve des Girondins de Bordeaux(*). C’est drôle, au cours de ma carrière, j’ai eu tellement d’entraîneurs que je n’ai jamais voulu me lancer dans l’entraînement d’une équipe professionnelle. Je tire mon chapeau aux anciens joueurs qui le deviennent. Quant on voit le cas d’Aimé Jacquet, le meilleur entraîneur de France, qui a entraîné les Girondins pendant sept ans et qui s’est fait ensuite limoger en 1989… Si les joueurs sont sérieux, on a de bons résultats. Mais parfois, le nom de l’entraîneur se suffit pas.

 

  • Vous faites allusion aux Bleus pendant cette Coupe du Monde 2010 ?
    Lorsqu’on voit ce qui s’est passé avec l’équipe de France, on peut dire « oui ». Ce n’est pas possible que des garçons responsables se comportent comme ça en Coupe du Monde. Dans de petits clubs, je veux bien, mais en équipe de France ! Je n’ai jamais vu ça dans ma carrière. Les Bleus ont marqué la mémoire des gens, mais pas dans le bon sens.

 

  • Puisqu’on en parle, que s’est-il vraiment passé selon vous ?
    Je pense que c’était pour aller à l’encontre du sélectionneur. C’est vrai que certains autres joueurs auraient mérité d’y être. Mais il y avait dans cette équipe de France beaucoup de garçons de couleur qui revenaient sur la terre de leurs ancêtres. Il auraient dû avoir un comportement au dessus de tout soupçon. L’erreur de Domenech a été de nommer Patrice Evra capitaine. Ca l’a fait disjoncter. Il a perdu le sens des réalités. Mais il n’était pas tout seul. Il y a eu un problème avec Gourcuff, que je connais à Bordeaux et qui est d’une timidité maladive. Ils se sont mal comportés avec lui quand ils ne voulaient pas lui donner le ballon. Moi, j’ai joué à Ajaccio, Marseille, Bordeaux, en Equipe de France. On ne peut pas être copain avec tout le monde, c’est normal, des affinités se créent, mais quand on était sur le terrain, on se donnait à fond.

 

  • Et Raymond Domenech ?
    Je connais Domenech pour avoir joué avec lui en équipe de France Espoir, une saison à Bordeaux et en équipe de France A. Il a été dépassé. Sa plus grosse erreur a été d’avoir accepté de lire la lettre des joueurs. C’était au capitaine d’aller expliquer aux journalistes pourquoi ils ne voulaient pas s’entraîner.

 

  • Evoquons à présent ensemble l’ACA. Quels souvenirs en gardez-vous ?
    Vous savez, quand Ajaccio était en Ligue 1, comme avec les Antilles, je faisais des pronostics et, même si je savais que ça allait être dur, je ne mettais jamais de défaite sur Ajaccio. Sauf quand ils jouaient contre Bordeaux. (Rires). A l’ACA, je lui dois toute ma carrière. Le club m’avait fait venir simplement sur des coupures de presse, c’est grâce à lui j’ai été mondialement connu.

 

  • Comment s’était passée votre arrivée à Ajaccio ?
    A ce propos j’ai une anecdote amusante : lors de ma venue, Antoine Federici et Alberto Muro m’ont accueilli à l’aéroport. Ils m’ont emmené déjeuner au « Bœuf à la Mode », la cantine des footballeurs de l’époque. A l’apéritif, Alberto Muro commande une tomate. J’ai dit : « je prends comme vous ». Et là, tous les deux m’ont regardé d’un drôle d’air. Lorsque j’ai goûté, ils ont vu ma tête ils ont compris : j'avais cru que c’était du jus de tomate.

 

  • Vous rappelez-vous de vos co-équipiers ?
    Bien sûr. J’ai joué avec André Tassone, Albert Vannucci, Dominique Baratelli, Bernard Iché, Jeanjean Marcialis, Maurice Tafanelli, Etienne Sansonnetti, et tant d’autres ! Au départ, j’étais ailier gauche mais jamais avant-centre. Un jour, Albert Vanucci s’est blessé. Muro nous a demandé s’il y en avait un qui voulait être défenseur à sa place. Personne n’a levé la main sauf moi. J’avais déjà des bases de défenseur à Sainte-Anne, en Guadeloupe. Après l’entraînement, Muro m’a dit :«tu joueras en défense à partir de maintenant ».

 

  • Vous avez-dit dans une interview récente : « A l’époque, je jouais d’une façon désormais interdite ». Pourquoi ?
    Je dirai que certains gestes faits sur un terrain sont actuellement mal interprétés par le corps arbitral. Les instances du football ont désormais instauré des lois qui vont à l’encontre de mon jeu de l’époque. Je faisais des tacles, mais sans blesser personne, maintenant c’est interdit. De nos jours, dès qu’on touche un joueur, on le voit se rouler par terre pour essayer d’influencer l’arbitre. Il se tord de douleur et deux secondes après le mec court comme un lapin. A mon époque, les arbitres comme Robert Wurtz vous gênaient presque tellement ils étaient prêts de l’action. Maintenant, les arbitres sont à dix kilomètres de l’action avec leur oreillette, comment peuvent-ils voir les fautes ?

 

  • Quelle image avez-vous de l’actuel ACA ?
    Je suis de près toute l’actualité du club. Et j’ai aussi récemment commenté le match Bordeaux-ACA à Capbreton. L’ACA a par exemple permis à un garçon comme Diabaté de finir 2e buteur de la saison en 2008 et meilleur 2e buteur de la saison en L2. C’est dommage que le club ait eu un passage à vide, tout ce que je souhaite c’est qu’il retrouve la Ligue 1. A mon époque, le dirigeant était Antoine Federici et j’ai rencontré une fois Michel Moretti. A chaque fois que je suis venu pour superviser les matchs, je n’oublierai jamais le bon accueil que j’ai reçu.

 

  • Quand vous êtes parti du club pour l’OM, vous avez été échangé avec Rolland Courbis…
    Oui, et aussi avec d’autres joueurs comme Michel Albaladejo et Lambertus Verdonck. Je vois Rolland de temps en temps quand il est dans la région ou quand je passe sur RMC, on discute ensemble. Je l’ai surtout beaucoup cotoyé quand il entraînait les Girondins.

 

  • Et les autres anciens joueurs, les revoyez-vous ?
    J’ai un peu perdu de vue Michel Platini mais j’en garde de bons souvenirs. Avec Michel Hidalgo, on se voit de temps en temps. On s’est revus l’an dernier avec entre autres Luc Sonor, Lilian Thuram et Patrick Vieira à l’occasion de la sortie du DVD sur les joueurs afro-antillais, « Des noirs en couleur ». Vous savez, j’ai passé 15 saisons en équipe de France, 3 saisons à Ajaccio, 8 à Marseille, 4 à Bordeaux et je garde toujours au fond de moi un très bon souvenir de presque tous les joueurs avec lesquels j’ai partagé un peu de ma vie.


(*) Marius Trésor commente aussi les matchs de Bordeaux sur Girondins TV et Gold FM pendant la saison.

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